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Support d’écriture, la poterie modelée (faite à la main) constitue la mémoire d’un savoir faire féminin ancestral.

La survivance, son immuabilité tant au niveau des procédés de modelage et de cuisson, la pérennité de ses formes, des décors et des matériaux, toutes ces caractéristiques la font remonter, d'après les spécialistes, du moins à la protohistoire sinon à la période néolithique (8 000 à 6 000 ans avant J.C).

La poterie modelée est le corollaire des civilisations agraires et des peuples sédentaires, elle symbolise la mémoire d'une identité collective.

Répandue en Afrique du nord, elle résiste un peu mieux en Algérie et plus particulièrement en Grande Kabylie (Maatkas, Ath-Zmemzer, Betrouna, Tizi-Ghenif,Ait-Chaffa, Ait-KHelili,). Cependant, cela ne signifie nullement qu'elle ne recule pas devant la modernité.

Dans les musées d'Algérie, la poterie provient de la Grande Kabylie, des petites kabylies (Bougie, Sétif, Jijel,), de l'Ouarsenis, de Constantine, du Chenoua et de Nédroma.

La poterie originaire de la Grande Kabylie est d'une richesse inestimable, malheureusement et bizarrement, cette région ne possède pas de musée en rapport avec les arts et traditions Kabyles et ce malgré les tentatives et démarches entreprises par quelques personnes physiques qui ont alerté les autorités aussi bien locales que centrales en vue de sauvegarder ce patrimoine d'une diversité incommensurable et dont nous devons être fiers.

A titre d'exemple, les symboles décoratifs de la poterie de Maatkas remontent à la préhistoire et sont à l'origine des écritures alphabétiques méditerranéennes, dont le Tifinagh, plusieurs signes décoratifs se sont transmis, fidèlement, à travers les âges. Autrement dit, le répertoire des décors est riche, les colories d'usage se sont maintenues depuis des époques lointaines.

C'est le cas de l'oxyde-ferro manganique et du kaolin ou de la résine du pin.

En Grande Kabylie, le modelage, la cuisson et la décoration de poterie sont une activité exclusivement féminine, contrairement au façonnage, à la décoration et à la cuisson des tuiles qui sont réalisées uniquement par des hommes.

La poterie modelée est souvent à usage domestique, elle a donc un caractère utilitaire (plats à galette et à couscous, pots à eau ou à sauce, marmite, brasero, cruches à eau, à huile, à graisse, pots à miel, à semoule, et à beurre, lampes, cruche à vinaigre, grand couscoussier à huile).

Parfois, elle a un caractère décoratif (cruche, vase).

Elle peut également être de dimension commerciale. C'est le cas de la poterie d'Ath Kheir (commune des Ait-Khelili) qui se commercialise à travers la Kabylie depuis, au moins, la colonisation française.

La poterie n'échappe pas au monde magico religieux. A titre d'exemples, des lampes, des cruches ou des gargoulettes peuvent être déposées sur la tombe d'un proche, ou dans un mausolée (lieu saint) ; le trio bougeoire-plat-gargoulette est systématiquement utilisé lors des fêtes de circoncision ou de mariages, il ne doit pas faire l'objet de prêt, ou de vente. Ces trois objets, après leur destination finalisée, sont généralement, gardés à vie.

Autre exemple du monde superstitieux : le plat pour la cuisson de la galette est mis sur la toiture de la maison en vue d'éviter pour le nouveau-né ou la nouvelle mariée quelques maladies que cela soit et qui serait causée par le mauvais oeil.

Nous arrivons au terme de cette modeste introduction pour signaler que de par ses formes, son esthétique, son usage et le répertoire de ses motifs décoratifs, la poterie Kabyle traduit la civilisation matérielle et immatérielle et la personnalité d'une région qui s'est pendant longtemps dressée contre le colonisateur et qui a pu, malgré un contexte politico social instable, sauvegardé son identité culturelle.


Zohra Saheb

Enseignante Université Mouloud Mammeri Tizi-Ouzou






 
   
   
   
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